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J’ai lu “Victoire, les saveurs et les mots”

Publié par [moi] le Vendredi 15 Mai 2009, 04:30 dans la rubrique Bric à brac - Version imprimable

Source : Technorati

“Victoire ne savait nommer ses plats et ne semblait pas s’en soucier. Elle passait le plus clair de ses jours dans le temple de sa cuisine, petite case qui s’élevait à l’arrière de la maison, un peu en retrait de la case à Technorati. Sans parler, tête baissée, absorbée devant son potajé tel l’écrivain devant son ordinateur. Elle ne laissait à personne le soin de hacher un cive ou de presser un citron comme si, en cuisine, aucune tâche n’était humble si on vise à la perfection du plat. Elle goûtait fréquemment, mais, une fois la composition terminée, ne touchait pas.” Cuisinière au savoir-faire inoubliable, Victoire Elodie Quidal travaille au service d’Anne-Marie et Boniface Walberg, à La Pointe. Sa virtuosité et son excellence sont recherchés par la bonne société guadeloupéenne qui la réclame dans ses cuisines… Victoire, qui n’a pas été épargnée par le destin, connaîtra-t-elle enfin son heure de gloire ? C’est avec une affection toute particulière que Maryse Condé brosse le portrait attachant de cette Technorati qui fut aussi sa grand-mère.” Il y a très longtemps que je n’avais pas ouvert un livre d’un de nos auteurs antillais phare. Il me semble que le “Texaco” de notre Patrick Chamoiseau national - prix Goncourt 1992 soit l’année du 500ème anniversaire de la découverte des Amérique par Christophe Colomb (qui a dit timing parfait ?) - ait été le dernier dont j’ai fait l’acquisition (il ne m’a d’ailleurs pas laissé un souvenir impérissable, loin de là même) avant celui-là, c’est dire ! Ces retrouvailles avec Maryse Condé ont été savoureuses par contre. Comment ai-je pu me tenir si longtemps éloignée d’une telle plume ? Cette façon de manier les mots pour nous conter, entre invention, emprunt et références à des faits réels et imagination, l’histoire de sa famille à travers le portrait de sa grand-mère… un vrai régal. Le projet peut intriguer d’ailleurs: en partant d’une simple Technorati d’époque faire le portrait de sa grand-mère maternelle dont elle ne sait pas grand chose, sinon rien en fait, en brodant autour de faits réels et de ressentis. Ceci en assumant pleinement la nature de son oeuvre. Mais en même Technorati quelle liberté jubilatoire pour un écrivain: un canevas et une multitude de possibles ! “Tel qu’il est, je livre le portrait que je suis parvenue à tracer, dont je ne garantis certainement pas l’impartialité, ni même l’exactitude.” Et cette jubilation est contagieuse. On se surprend d’ailleurs souvent à sourire. Pas étonnant donc qu’on se laisse embarquer et conter cette Guadeloupe de la fin du 19ème et du début de 20ème siècle. On retrouve les saveurs et les mots de notre Histoire coloniale à travers une description documentée et imagée de la vie de l’époque à Marie-Galante (je rappelle que la Guadeloupe est un archipel - Technorati est votre ami -) puis en “Guadeloupe “continentale” comme on l’appelle sans une trace d’ironie” au gré des pas et des aléas qui ont marqués la vie de Victoire Quidal. De La Treille à La Pointe (Pointe-à-Pitre) en passant par Saint-Pierre (en Martinique). Tranche d’histoire familiale qui permet une immersion dans les rapports entre blancs pays, mûlatres et nègres pour changer avec un éclairage qui pourrait en étonner plus d’un (plus historique que manichéen en gros). C’est également une fenêtre ouverte sur les moeurs, les aspirations et la vie des Grands Nègres - membres de la naissante bourgeoisie noire - qui  doivent leur ascension sociale à l’école de la République (l’ascenseur fonctionnait encore). Rien d’indigeste cependant. L’humour de Maryse Condé  magnifie la misère qui suinte de certains passages. “Dernier Argilius, fils d’un pauvre cultivateur de la région de Saint-Louis, portait ce prénom, ses parents ayant voulu signifier haut et fort au bon Dieu que c’était assez. Après quatorze enfants en vie et quatre décédés, ils n’en voulaient  plus de ses dons.“ Quant aux saveurs, le livre est truffé de mes friandises créoles préférées (dont certaines, Technorati de mon Technorati, ne se trouvent plus) et l’énumération des menus concocté par Victoire qui jalonnent le livre; un hymne à la cuisine créole. Au hasard: Tourte aux lambis et aux pisquette de rivière Chaud-froid d’oursins Poularde caramélisée au genièvre Riz blanc Cochon découenné aux châtaignes pays Purée d’ignames Salade laitue Flan koko Sorbets variés Je suis sûre que même ceux qui ne connaissent pas nos saveurs doivent se douter des délices que constituent les plats énumérés. A vous faire saliver (malgré la grippe A !) ! Je m’arrêterais là parce que je sens que je pourrais continuer à l’encenser des heures ! A lire donc. Absolument. Que la littérature antillaise vous soit familière ou pas: à lire. D’ailleurs si elle ne l’est (familière) c’est le moment, c’est l’instant ! Ah. Juste. A propos des relations entre sa grand-mère et celle chez qui elle officia en tant que cuisinière mais avec qui elle noua des liens très fort: “Quant à imaginer des relations intimes entre Anne-Marie et Victoire, je ne m’y résigne pas. Si certains franchirent allègrement le pas, c’est que la tradition de l’homosexualité tant masculine que féminine était bien ancré  aux Antilles. Les recherches abondent qui prouvent que les maîtres entraient dans des relations avec leurs esclaves domestiques, si passionnelles et étouffantes que, pour la plupart, ces derniers préféraient retourner au jardin que rester à la maison. A la fin de XIXème siècle, elle se portait encore très bien. A La Pointe, les zanmi ne cachaient pas la nature de leurs relations, vivant ensemble, arborant les mêmes toilettes, dansant lascivement les jours de Carnaval. L’une d’entre elles, Zéna, composa pour sa bien aimée la biguine qui fit brenner [danser] toute l’île [...]“ Une tradition de l’homosexualité chez nous ? Je me disais bien le note…


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