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Le cirque (part 1)

Publié par [moi] le Vendredi 6 Mars 2009, 16:30 dans la rubrique Bric à brac - Version imprimable

Source : Technorati

Alors que la révolution LKPienne est entrée dans une phase moins contraignante pour les libertés publiques en Martinique c’est encore officiellement le statut quo. En ce 30ème jour de grève générale, au-delà de la propagande du Collectif du 5 Février (C5F) et de certains médias locaux, le Technorati qu’offre l’île quotidiennement est affligeant. Annie Ramin, ex directrice générale du CHU de Fort-de- Technorati, décrit mieux que quiconque la situation actuelle dans une lettre ouverte semble-t-il parue dans le Technorati-Antilles Martinique du 03 mars. Après un retour sur les leçons qu’il serait possible de tirer de l’Histoire sous forme de “l’enfer est pavé de bonnes intentions” elle décrit quelques facettes du mouvement actuel: “Ici en Martinique, depuis le 5 février 2009, au nom de la vie chère, puisque tel est le thème officiellement avancé de la mobilisation du « peuple », on prive la population de travail, de moyens de se déplacer (particulièrement ceux qui n’ont pas d’automobile et qui dépendent des transports en commun aussi imparfaits et chers soient-ils), de revenus, de médicaments, de soins, de s’alimenter […] On prive les personnes âgées de leur organisation de vie, les personnes handicapées de leur soutiens et de leurs lieux d’accueil, on prive les enfants et les jeunes de l’école et de la formation, les entreprises de poursuivre leurs chantiers… Nous pourrions ainsi continuer notre énumération, tout cela pour notre bien ! C’est vrai que la vie est très chère c’est encore plus vrai avec un taux de chômage très élevé en Martinique (environ 25% dans les DOM, taux le plus élevé en Technorati) […] C’est vrai que des formations pourraient être créées ici qui permettraient l’accès à l’ Technorati dans de meilleures conditions… Tout est vrai ou presque… Fallait-il pour autant bloquer la Martinique, fallait-il pour autant mettre à genoux les petites et très petites entreprises au risque de perdre le peu d’emplois qui existe encore, fallait-il créer des difficultés de trésorerie, des déficits dans les entreprises de l’économie sociale au risque de ne pouvoir, si elles survivent, créer malgré les besoins de nouveaux emplois pendant des années, fallait-il casser une saison touristique qui redémarrait timidement alors qu’en 22 ans de présence en Martinique, j’ai pu observer, comme tous ceux qui veulent ouvrir les yeux, la disparition de très nombreuses activités dans ce secteur…” (Annie Ramin, Oui, il y a peut-être d’autres façons de lutter) Dois-je préciser que je suis d’accord avec l’opinion exposée ? On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ? Je veux bien… Tuer la poule c’est une autre histoire. Et là j’en vois certains bondir de leur siège et s’apprêter à crier à une volonté de discréditer le mouvement - la mobilisation du “peuple” - en gros de “casser la grève”. La mobilisation et le soutien, à quelques esprits chagrins prêts, du “peuple” ne se sont-ils pas traduits par des actions de solidarité encouragées par les membres du C5F pour aider à passer ce cap difficile mais nécessaire ? Sauf que là encore la réalité sur le terrain est tout autre. C’est simple: la vie n’a jamais été aussi chère en Martinique que depuis un mois ! Où l’on décrouvre que la pwofitatyon (à combattre on est d’accord) n’est pas une histoire de couleur de peau ou de classe sociale… mais une Technorati de nature humaine tout simplement. Les exemples de prix prohibitifs sont légions : le kilo de morue séchée a été signalée à 19 euros, la plaquette de 6 œufs a atteint les 9 euros (quand l’œuf n’est pas vendu au détail à… 1 euro). Je n’invente rien, il suffit d’écouter les coups de gueule des auditeurs sur les radios locales. Dans les petits commerces (pris d’assaut quant ils sont ravitaillés), malgré les appels et quelques actions du CF, les prix sont excessifs. Mais alors consommez local entend t’on ça et là… Sauf que sur les marchés les prix ont parfois triplés (du fait de l’offre et de la demande). Les gens manquent de tout. Du superflu certes mais également désormais de produits de première nécessité. Et le port est toujours bloqué. Bref. Je m’arrête là. Ce qui fonctionne en ce moment en Martinique c’est le copinage et le marché noir. On trouve de tout à condition de connaître la bonne personne et/ou d’avoir les moyens. Parlez-moi donc d’un mouvement et d’une mobilisation du et pour le “peuple”» qui pénalise le peuple en Technorati surtout dans ses composantes les plus fragiles ! Expliquez-moi ! Il a fallu que les hôpitaux montent au créneau et avertissent sur les dangers d’une crise sanitaire grave pour que quelques conteneurs de produits pharmaceutiques soit débloqués. Il a fallu que les pouvoirs publics s’alarment pour que les ordures soient ramassés plus ou moins régulièrement mais au compte-goutte parce que la zone d’accès à la décharge est bloquée. Il a fallu que les auditeurs appellent à l’aide pour que des bidons de gaz soit distribués (il en manque de nouveau). Il a fallu que les éleveurs locaux menacent d’en venir aux mains pour qu’on puisse leur permettre d’abattre leurs bêtes afin de sauver leur production destinée à la consommation locale ! Les banques et les postes surtout ne sont pas ouvertes ce qui rend la situation intenable pour les 30 000 RMIstes que compte l’île… Les distributeurs sont ravitaillés au compte goutte. Par et pour le “peuple” me dit-on ??? Oui, bien sûr. Il y a une légende urbaine qui veut que moun pa ka/pé pa mô fin Mat’nik… n’est-ce-pas ? Ne suffit-il pas de tendre la main pour cueillir ce que la nature nous offre si généreusement ? Yeah right. Je me suis ouverte sur ma situation personnelle via twitter cette semaine spontanément dans un moment de colère que j’avoue avoir regretté. Il aurait fallu que je m’attarde sur trop de choses. Trop à expliquer. Trop long. Expliquer que depuis quelques semaines (et épuisement des provisions d’avant grève), comme beaucoup, notre ravitaillement en victuailles se fait au jour le jour et selon ce qu’on trouve. Expliquer notre dépendance (à tous ici) à l’automobile pour ne serait-ce que pour tenter de se ravitailler dans une île qui manque de tout. Expliquer que sans voiture la situation devient vite inextricable. Expliquer que solidarité est un mot qui confronté à la réalité à ses limites. Expliquer que… Il aurait fallu que j’explicite tellement de choses sur les différences entre la Martinique et la Guadeloupe… Différences structurelles au niveau de l’île, différences au niveau de l’organisation du mouvement (qui explique qu’avec un mouvement plus long la population guadeloupéenne a peut-être moins souffert de la pénurie). Trop long. Non, ce n’était pas un enfantillage. Pire : ce n’était pas exagéré. Oui il y a en a d’autre qui sont dans des situations plus problématiques que la mienne qui s’est un peu arrangée et c’est bien ça qui me fait m’interroger sur ce mouvement… Il faut comprendre qu’en ce moment ici la situation commence à devenir gravissime pour certains. Et je pèse mes mots. Quelque soit ce que vous lirez par ailleurs sur d’autres médias pro “peuple martiniquais en lutte contre la vie chère le-mouvement-il-est-beau, le mouvement-il-est-gentil le peuple toujours mobilisé vaincra”… Alors oui, les stations d’essence sont désormais ravitaillées normalement mais la situation devenait simplement explosive (sans jeu de mots) et les couacs (se sera l’objet d’un autre billet) et autres tergiversations des acteurs des négociations mettent désormais les nerfs de tout le Technorati non plus à rude épreuve mais désormais à vif. Permettez-moi de ne pas vous refaire le coup de l’avertissement mais ça risque de dégénérer si les choses continuent ainsi. Ca va dégénérer entre Martiniquais. Non, ce n’est pas le mouvement populaire exemplaire que l’on tente de nous vendre - à grand renfort de crise identitaire - ne serait-ce que dans son organisation quelque soit ce qui en sera dit plus tard dans la propagande syndicaliste. De même vouloir faire croire que tous ceux qui alertent sur les dérives du mouvement sont des égoïstes, ou pire, des lâches inféodés au patronat est pure connerie (excusez-moi mais il fallait qua ça sorte). to be continued


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